CROSBY ET LA CHIROPRATIQUE
De nos jours, les blessures graves sont très fréquentes dans le milieu du sport professionnel. Particulièrement au hockey. En janvier 2011, le joueur étoile de la ligue Nationale de Hockey, Sidney Crosby a été blessé sévèrement deux fois, à quatre jours d’intervalle. Crosby, qui figurait en tête des pointeurs de la LNH a dû s’absenter du jeu pour le reste de la saison.
Les coups portés à la tête lui ont occasionné commotion, sensibilité à la lumière, maux de tête et étourdissements. Crosby est retourné dans sa Nouvelle-Écosse natale pour sa période de convalescence. Il a continué à s’entraîner avec Andy O’Brien, son entraîneur de longue date. Crosby était incapable de se concentrer suffisamment pour lire ou regarder la télévision. Certains jours, il se permettait de patiner. Mais aussitôt qu’il dépassait ses limites, les symptômes réapparaissaient.
Au cours de sa convalescence, Crosby a été suivi par le neuropsychologue Michael Collins, une sommité dans le domaine des traumatismes crâniens reliés au sport. Mais en août, Crosby souffrait toujours de problèmes d’équilibre. Un problème persistait au niveau du système vestibulaire, qui contrôle les censeurs de l’oreille interne qui servent à l’orientation spatiale. Crosby a donc dû choisir une alternative.
On a recommandé à O’Brien d’envoyer Crosby consulter le Dr Ted Carrick, chiropraticien. Celui-ci avait été référé par Mark Lindsay, un chiropraticien qui s’occupe de sportifs étoile tels Manning et Alex Rodriguez. Le Dr Carrick allait se pencher sur le cas de Crosby, puisqu’il est spécialisé dans le genre de commotions qui touchent le système vestibulaire.
Le Dr Carrick est considéré comme le père de la chiropratique neurologique, une discipline qui vise à améliorer les fonctions cérébrales par toutes sortes de moyens, comme des exercices pour les yeux ou la thérapie par la musique, mais en évitant toute médication ou chirurgie.
Le Dr Carrick a donc demandé a Crosby de faire des exercices sur la glace et l’a tout de suite envoyé passé des tests. Un de ces tests consistait à attacher Crosby sur une chaise gyroscopique semblable à celles qu’on peut retrouver dans les camps spatiaux. «Je pensais que j’aillais vomir», se rappelle Crosby. D’autres jours, les tests se concentraient sur son équilibre et sur sa vision. «Mes yeux étaient comme un muscle qui n’avait pas été sollicité depuis des mois», de dire Crosby. «Peu importe le problème, le Dr Carrick était en mesure de dire quelle partie du cerveau était responsable de mon déséquilibre et me proposait diverses méthodes afin de corriger le problème dès le lendemain.»
En septembre, Le Dr Carrick est apparu aux côtés de Crosby pour une conférence de presse. Ce n’était pas la première fois qu’il se retrouvait sous les projecteurs. Il est un conférencier aguerri. En 1998, à l’Université Parker, un collège chiropratique, devant 300 étudiants, le Dr Carrick a étudié le cas de Lucinda Harman, elle-même détentrice d’un doctorat en neurologie. Elle s’était retrouvée en fauteuil roulant et souffrait de maux de tête après avoir été mordue par une araignée. La vision de Mme Harman était troublée par des points de couleurs verte, bleue et mauve. Le Dr Carrick associa ces couleurs à un manque d’oxygène au cerveau. Il l’informa que sans traitements, il ne lui restait pas plus de six mois à vivre. Mme Harman, aujourd’hui âgée de 59 ans se sent «miraculée». Pourtant, on ne retrouve pas de données écrites qui confirment une corrélation entre la couleur des points qu’une personne peut voir lorsqu’elle souffre de maux de tête et le manque d’oxygène au cerveau.
Le monde de la chiropratique neurologique est très indépendant et crée beaucoup ses propres références. Mais si l’on se fie à leurs ouvrages et à la bonne fois de ses praticiens, une chose est claire : tout converge vers Ted Carrick. Il a gradué du Collège chiropratique Canadian Memorial de Toronto en 1979. Un an plus tard, il a fondé l’Institut d’Études Supérieures Carrick (http://www.carrickinstitute.org) dont les quartiers généraux sont maintenant situées à Cap Canaveral, en Floride.
Dans différents endroits satellites, le Dr Carrick et la faculté de son institut donnent des conférences à plus de 4000 étudiants aux États-Unis et ailleurs dans le monde. Son institut est l’un des trois seuls à offrir un programme accrédité en chiropratique neurologique en Amérique du Nord.
Plusieurs études du Dr Carrick ont été publiées dans différentes revues scientifiques, mais il n’a encore jamais publié d’articles concernant les commotions vestibulaires. Mais il mène actuellement une grande étude à l’Université Life.
Une étude publiée en 1997 par le Dr Carrick portant sur les liens entre les fonctions cérébrales altérées et les points de couleur qui troublent la vision est critiquée par certains neurologues. Ils affirment que les points qui troublent la vision sont plutôt l’effet que produit la cavité située dans le globe oculaire et par laquelle le nerf optique sort et transporte l’information au cerveau. Certains voient les études du Dr Carrick comme une percée, d’autres contestent sa méthodologie.
Néanmoins, Crosby croit que le Dr Carrick l’a aidé dans sa guérison.
Dr Carrick affirme qu’il voit souvent des patients qui cherchent désespérément un remède, «des patients qui n’ont pas été aidés par d’autres docteurs et qui ont perdu espoir.» Après avoir vu Carrick à la conférence de presse de Crosby, Henry Feuer, neurochirurgien travaillant à titre de consultant pour les Colts a lu quelques études du Dr Carrick et n’est pas arrivé à comprendre ce que fait Carrick exactement. Après avoir demandé à M. Feuer s’il référerait un cas semblable à celui de Crosby au Dr Carrick, sa réponse fut «non». Selon lui, la médicine doit se baser sur des preuves tangibles.
Pendant ce temps, Crosby continue de s’entraîner sans être incommodé par des maux de têtes ou des étourdissements. Le fait d’avoir fait l’expérience d’une neuroscience peu orthodoxe n’a pas dérangé Crosby. «Au final, je pense que ce qui est important est que la personne qui reçoit les soins soit confortable.»
Cet article tiré de la revue Sports Illustrated, signé David Epstein et Michael Farber a été publié le 3 octobre 2011 sous le titre «Getting Inside The Head of Sidney Crosby».
Il a été adapté et traduit librement par Julie Houle, assistante chiropratique pour Dre Amélie Chevalier, Chiropraticienne.
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